Séminaire de recherche ACPR : Quel transfert de risque associé à la titrisation synthétique ?
Dans le cadre des séminaires de recherche de la Chaire ACPR, celle-ci a accueilli le mercredi 2 septembre 2026 Alex Osberghauss(CEMFI), qui a présenté un papier co-écrit avec Glen Schepens(BCE) sur les risques associés au développement de la titrisation synthétique (SRT).
Les auteurs rappellent que les opérations de transfert de risque synthétique (SRT) permettent aux banques de transférer les risques de pertes sur leurs portefeuilles de prêts à des investisseurs non bancaires, tout en conservant ces prêts à leurs bilans. Elles se sont fortement développées ces dernières années, en Europe comme aux États-Unis, faisant de cet instrument un outil de plus en plus important de gestion du capital réglementaire des banques et de transfert du risque de crédit vers la sphère non bancaire. Cette croissance soulève toutefois des questions quant à la nature du risque effectivement transféré et aux conséquences de ces opérations sur le comportement des banques et sur les interconnexions entre banques et NBFI.
Dans ce travail, les auteurs mettent en évidence trois principaux canaux de transmission et risques pour la stabilité financière. Premièrement, les banques semblent sélectionner stratégiquement les prêts qu’elles transfèrent via des SRT en fonction de leur coût en capital réglementaire, et pas uniquement de leur risque de crédit sous-jacent. En exploitant les effets de la réforme liée au mécanisme de soutien des prêts aux PME (SME supporting factor) comme choc réglementaire, qui modifie les pondérations de risque des prêts aux PME sans affecter leur risque économique, les auteurs montrent que les banques sont davantage susceptibles de transférer les prêts dont le coût réglementaire est élevé relativement à leur risque effectif. Le capital ainsi libéré est ensuite redéployé au sein des banques, conduisant à une augmentation du risque de leur portefeuille de prêts et à une baisse du niveau de leur capitalisation.
Deuxièmement, les auteurs étudient l’impact des SRT sur les incitations des banques à surveiller leurs emprunteurs. Après la mise en place d’un SRT, les banques réduisent significativement la fréquence de mise à jour de la probabilité de défaut (PD) de leurs emprunteurs. Cette baisse est estimée entre 15 et 30 % par rapport à des prêts comparables, ce qui suggère que le transfert du risque de crédit peut réduire les incitations de la banque à collecter et actualiser l’information sur les emprunteurs, alors même qu’elle conserve les prêts à son bilan et continue d’en assurer la gestion.
Enfin, le papier met en évidence une possible source d’interconnexion entre les banques et les intermédiaires financiers non bancaires (NBFI). Les banques sont significativement plus susceptibles de vendre des SRT à des investisseurs NBFI auxquels elles accordent déjà des crédits. Les investisseurs tendent également à accroître leur endettement bancaire avant d’investir dans des SRT. Même si l’ampleur de ces expositions reste limitée en moyenne, ces résultats suggèrent que les SRT ne conduisent pas simplement à transférer le risque hors du secteur bancaire : ils peuvent également renforcer les liens financiers entre banques et NBFI et ainsi créer de nouveaux canaux potentiels de transmission du risque entre ces deux secteurs.
Lors des échanges avec l'auditoire, plusieurs interventions ont porté sur : a) les différences d’encours de crédit associés au SRT entre le papier et les données COREP de l’ACPR ; b) la forte concentration du marché des investisseurs SRT; c) le montant des pertes potentielles des SRT, c’est à dire la taille de la tranche junior protégée ; d) la part de l’intragroupe bancaire dans les investisseurs SRT ; e) les interactions dans le cadre de Bâle 3 entre le ratio de capital pondéré par les risques et le ratio de levier et l’efficacité de ce dernier à assurer sa fonction de « backstop » du ratio pondéré dans le cadre des SRT.
Le prochain séminaire aura lieu le mercredi 7 octobre et Caterina Ciancaglioni (Banque d’Italie) présentera son papier : « Banks’ internal models and RWA variability : strategic modelling portfolio reallocation ? »
NB : les opinions exprimées dans le cadre des séminaires mensuels de la Chaire ACPR représentent les opinions personnelles des participants et ne reflètent pas nécessairement les vues de l'ACPR, de la Banque de France, ou de leur personnel.
Pour mémoire, les séminaires de la Chaire ACPR ont lieu en principe tous les premiers mercredis du mois et sont ouverts aussi bien au personnel de la Banque de France et de l'ACPR qu'à des participants extérieurs.
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Mise à jour le 28 Septembre 2026