Mesdames et messieurs,
Je voudrais d’abord remercier l’Association Europe-Finances-Régulations qui m’a aimablement invité à ouvrir les débats de ce séminaire consacré à la souveraineté numérique et à la résilience opérationnelle du secteur financier, que je suis très heureux d’accueillir ici, à la Banque de France. Le secteur financier est aujourd’hui confronté à un double impératif : développer son offre de services numériques tout en garantissant la sécurité de ses opérations.
Pour y parvenir, la solution la plus évidente est bien souvent de recourir aux hyperscalers, qui proposent des infrastructures et des services très performants, en particulier en matière de cloud et d’IA, tout en offrant des garanties de sécurité à l’état de l’art. Ce choix expose cependant à un nouveau risque : la dépendance numérique. Celle-ci est potentiellement coûteuse sur le long terme : une étude mandatée par le CIGREF avance le chiffre de 264 milliards d’euros dépensés chaque année par les Européens en logiciels et services cloud américainsi. Elle est aussi opérationnellement dangereuse, comme le montrent les discussions autour du scénario d’un « kill switch » sur les services numériques américainsi.
Cette situation illustre la difficulté des choix technologiques auxquels sont aujourd’hui confrontés les acteurs financiers. Dès lors, l’enjeu est de faire en sorte qu’innovation, sécurité et souveraineté ne constituent pas des injonctions contradictoires. Dans ce contexte, je voudrais d’abord revenir sur les risques qu’une situation de dépendance ferait peser sur le secteur financier (I), avant de discuter des réponses opérationnelles que les acteurs financiers et les autorités publiques peuvent chacun déployer (II).