La BCE publie les enseignements de l’exercice de « reverse stress test » conduit sur le risque géopolitique avec les principales banques européennes

En alternance avec les exercices de tests de résistance (stress tests) prévus par la réglementation et menés une année sur deux sous l’égide de l’Agence bancaire européenne (EBA), la BCE met en œuvre des exercices thématiques. Cette année, elle a demandé aux banques de conduire un « reverse stress test » où chacune d’elles devait identifier un scénario lié au contexte géopolitique susceptible d’avoir un impact matériel sur sa robustesse. Cet exercice novateur a mis en lumière les progrès réalisés par les banques européennes dans l’analyse des risques géopolitiques et confirmé leur résilience.

Mise en ligne le 31 Juillet 2026

Depuis une dizaine d’années, et en particulier depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, le risque géopolitique a été identifié comme un risque important pour le secteur financier. Il s’agit d’un facteur de risque transversal susceptible, au travers de ses conséquences macro-financières, d’avoir des répercussions sur les catégories « traditionnelles » de risques des banques (risques de crédit, de marché, de liquidité et de taux d’intérêt et, au-delà, risques de gouvernance, de stratégie et de modèles d’affaires ainsi que les risques opérationnels).

Depuis décembre 2022, le Mécanisme de surveillance unique (SSM) de la BCE mentionne le risque géopolitique dans ses priorités. Il figure comme une priorité en tant que telle depuis 2024. À ce titre, il a été formalisé[1] et a donné lieu à différentes initiatives (appétit au risque, pratiques de provisionnement, revue ciblée sur certains portefeuilles, prise en compte au titre du risque opérationnel, cybersécurité, etc.). Par ailleurs, ce risque jouait un rôle structurant dans le scénario du dernier stress test réglementaire (2025).

Fin 2025, le SSM a annoncé un exercice innovant de « reverse stress test » auquel ont participé 110 groupes bancaires européens dont 12 groupes français.  Dans le cadre des stress tests traditionnels, les banques simulent l’impact d’un unique scénario établi par les autorités européennes, sur leur résultat, leur solvabilité et leur liquidité. L’exercice actuel inverse cette approche et demande aux banques d’identifier elles-mêmes un scénario conduisant à un niveau de stress cible (diminution d’au moins 300 points de base de leur ratio de fonds propres Common Equity Tier 1, CET1) en fonction des caractéristiques propres de leur bilan, de leur modèle d’affaires et de leurs implantations géographiques. En complément, les groupes bancaires devaient fournir des informations sur les conséquences de ces scénarios quant à leur situation en liquidité et à leurs conditions de refinancement.

Comme pour les précédents exercices thématiques mis en œuvre, selon la directive CRD3 (article 100), ce « reverse stress test » n’a pas vocation à avoir d’incidence sur les recommandations au titre du Pilier 2 (P2G). Les résultats seront utilisés pour alimenter et compléter, sur un plan qualitatif, le processus de contrôle et d’évaluation prudentiels (SREP), en cohérence avec le cadre ICAAP (processus interne d'évaluation de l'adéquation du capital) de 2026.

Dans leur ensemble, les participants à l’exercice ont identifié une large gamme de scénarios géopolitiques. Ces scénarios apparaissent pertinents au regard de leurs caractéristiques et leurs profils de risques et reflètent bien les vulnérabilités des banques. Ils intègrent notamment les conflits militaires et commerciaux, les sanctions économiques, les perturbations des chaînes d’approvisionnement (énergie, industrie) et les attaques cyber. Les principaux canaux de transmission de ces risques sont, par ordre d’importance : les conséquences macroéconomiques, les impacts sur les marchés financiers ainsi que la sûreté et la sécurité des activités opérationnelles. Dans les cas particuliers des conflits militaires et des attaques cyber, ce dernier canal est un vecteur important de transmission.

Les participants étaient également appelés à expliciter les mesures d’atténuation qu’ils envisageraient s’ils étaient confrontés à ce scénario. Les groupes bancaires mobilisent un large arsenal de mesures de gestion afin de limiter l’impact en capital des scénarios géopolitiques, notamment, des décisions portant sur le capital (augmentation de capital, restriction des politiques de distribution des résultats) et des options stratégiques (cessions d’activités ou de ligne métier, ajustements de portefeuilles et d’expositions de crédit, programmes de réduction de coûts).

D’une manière générale, le SSM estime que cet exercice vient confirmer son appréciation antérieure d’une bonne résilience du secteur bancaire européen face à un risque géopolitique significatif. La sévérité des scénarios conduisant au niveau de stress cible apparaît suffisamment exigeante. Le SSM considère également que ce type d’exercice mis en œuvre pour la première fois constitue une addition utile à la palette des instruments de supervision et pourra y recourir à nouveau à l’avenir. Le SSM relève trois axes d’amélioration sur lesquels les banques peuvent progresser et qui nourriront ses prochaines initiatives. Certains scénarios apparaissaient insuffisamment développés, les effets de propagation entre secteurs et/ou entre régions et leur calibration auraient parfois mérité d’être approfondis. Les interactions entre les impacts en solvabilité et en liquidité doivent faire l’objet d’une attention particulière. Enfin, le SSM appelle l’attention des banques sur la faisabilité de certaines mesures d’atténuation en situation de stress généralisé associé à la nature même du risque géopolitique.

Les conclusions de l’exercice seront utilisées par les équipes de supervision du SSM pour nourrir le dialogue avec les établissements dans le cadre du processus de contrôle et d’évaluation prudentiels (SREP) de 2026.

Pour en savoir plus : ECB publishes results of 2026 geopolitical risk reverse stress test


[1] Buch, C. (2024), "Global rifts and financial shifts: supervising banks in an era of geopolitical instability," ESRB annual conference speech, 26 September 2024.

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Mise à jour le 31 Juillet 2026