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Séminaire ACPR : L’effet de l’assouplissement quantitatif sur la structure du système financier

Mise en ligne le 16 Avril 2026

Dans le cadre de ses séminaires de recherche, l’ACPR a accueilli le mercredi 25 mars 2026 Ciaran Rogers (HEC Paris), venu présenter ses travaux sur les effets indirects de la politique monétaire sur la structure du marché obligataire.

L’analyse présentée examine la transmission de la politique monétaire via les achats d'actifs de la banque centrale, non seulement sur le niveau des taux d'intérêt, mais aussi sur l'orientation de l'épargne des ménages au sein du système financier. Pour étudier ce mécanisme, les auteurs s'appuient sur un jeu de données combinant les données de supervision de l’Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles (EIOPA) et les comptes financiers sectoriels. En comprimant durablement les primes de terme et en réduisant les taux longs, l’assouplissement quantitatif (QE en anglais) aurait rendu moins attractifs les contrats d'assurance-vie traditionnels à rendement garanti. Les ménages auraient alors moins placé leur épargne dans ces produits, ce qui a réduit les flux vers les assureurs-vie, alors même que ceux-ci occupent une place importante parmi les investisseurs sur les marchés obligataires, en particulier sur les maturités longues. Les auteurs estiment ainsi qu'un euro de flux net vers l'assurance-vie se traduirait en moyenne par environ 0,70 euro d'achats d'obligations.

L'étude met ainsi en évidence un nouveau canal de transmission de la politique monétaire : en réorientant l'épargne auparavant placée en assurance-vie vers d'autres supports, le QE a modifié la base d'investisseurs qui finance la dette obligataire à moyen-long terme (y c. la dette publique). Cette évolution s'observe aussi dans les encours puisque la part des organismes d’assurance dans la détention des obligations d'État de la zone euro est passée de 18,6% à 11,8% entre 2015 et 2024, baisse qui se retrouve aussi dans les encours et dans la part de ces obligations au sein de l'actif des organismes d'assurance. Le papier souligne enfin que cette transformation peut rendre la phase de normalisation monétaire plus délicate, dans la mesure où, lorsque la banque centrale réduit ses achats puis ses encours, le secteur de l'assurance-vie serait, au moins dans l’immédiat, moins en mesure d'absorber les titres de long terme qu'auparavant.

Lors des échanges avec l'auditoire, la discussion a notamment porté sur les questions d'identification, en particulier sur la difficulté à distinguer les effets de demande des ménages des effets d'offre des organismes d'assurance et, parmi ceux-ci du rôle de la réglementation Solvabilité II, qui a accru le coût en capital des produits les plus exposés risque de taux. Les échanges ont également mis en lumière l'hétérogénéité observée entre pays européens, qui éclaire les différences de modèles d'affaires au sein du secteur de l'assurance en Europe.

Le prochain séminaire de recherche organisé par l’ACPR aura lieu le 27 mai 2026 : Marianne Verdier (Université Paris-Panthéon-Assas) présentera le papier « Regulation of Selection Technologies », co-écrit avec Marie Obidzinski (Université Paris-Panthéon-Assas).

 

NB : les opinions exprimées dans le cadre des séminaires mensuels de la Chaire ACPR représentent les opinions personnelles des participants et ne reflètent pas nécessairement les vues de l’ACPR, de la Banque de France ou de leur personnel.

Mise à jour le 16 Avril 2026